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Interview avec Andreï Makine de l'Académie Française

18 oct.
2 min de lecture

Académicien, ayant rédigé sa thèse de Doctorat à l’Université de Kalinine sur la littérature française contemporaine, Andreï Makine, lauréat du Goncourt et du Médicis, est une figure singulière à la voix profondément indépendante. Entre mémoire soviétique et France contemporaine, exigence morale et défense d’une certaine idée de la littérature, en exclusivité pour Le Journal du Parlement, il esquisse une pensée à contre-courant et poursuit, dans cet entretien habité, sa méditation sur l’histoire, l’exil et la responsabilité de l’écrivain…


Comment la Sibérie de votre enfance continue-t-elle d’exister dans votre imaginaire et votre littérature ?…

La contrée sibérienne de mon enfance est bien plus modeste que l’immense Sibérie elle-même qui contient trois fois le territoire de l’Union européenne. Plusieurs dizaines de peuples, autant de langues et de cultures, la présence humaine remontant à l’époque préhistorique. Jeune, j’étais passionné par cette richesse, mais plus encore par la tragique histoire récente : le destin des ex-prisonniers revenant du Goulag, la mémoire des anciens combattants. Ce passé m’éloignait du récit officiel. L’intensité de leurs souffrances, si peu volubiles, m’a beaucoup marqué. Ne pas les laisser sombrer dans l’oubli devenait plus qu’un devoir – une raison d’être qui, un jour, allait s’exprimer dans mes livres.


Dans vos romans, on perçoit toujours une forme de verticalité – un idéal intérieur qui élève les personnages, mais peut aussi les enfermer. Dans Le Prisonnier du rêve écarlate, le rêve lui-même semble devenir une forme de prison…

Ma classe d’âge est la troisième, et la dernière génération réellement soviétique, celle qui avait pu croiser les ultimes croyants du communisme. Celle aussi qui allait assister à la pitoyable défaite de cette grandiose utopie. Le bilan de ce projet et de ses conséquences a été maintes fois interprété, jugé, débattu. Mais l’ écrivain n’est pas un juge, ni un historien, ni un sociologue. Il s’attache à décrire l’intériorité de chacun de nous, avec nos doutes, nos illusions, nos fragilités, nos remords. Telle était la vie de Lucien Baert que j’évoque dans mon livre, le jeune communiste français qui a connu l’élévation de l’héroïsme, l’amertume de la défaite et l’amour oblatif d’une femme qui l’a sauvé. Oui, un homme qui a fait le choix de la « verticalité », comme vous dites. Et qui a refusé le compromis du cynisme, la paresse de la· pensée dominante, le confort de l’hypocrisie.



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© copyright Marina Yaloyan 

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